Formation en communications pour les femmes des Îles Salomon
Ashleigh Mitchell a eu recours à la technologie de l’information pour permettre aux femmes des Îles Salomon de s’affirmer – et d’avoir voix au chapitre.
Avez-vous déjà constaté comment les choses n’arrivent jamais comme on l’avait prévu? Je suis certaine que l’employée de CUSO-VSO Marian White n’avait pas prévu qu’elle allait manquer son autobus de quelques minutes par une froide journée d’hiver. Je n’avais pas prévu rencontrer cette étrangère, la faire monter à bord de ma voiture et tenter durant une demi-heure de rattraper son autobus dans les Prairies canadiennes, jusqu’à ce qu’on y arrive enfin. Et je n’avais certainement pas prévu que cette rencontre fortuite déboucherait sur une affectation de six mois dans le Pacifique Sud.
Pendant que Marian et moi roulions sur l’autoroute 10, elle m’a convaincue de l’importance d’appuyer les efforts des pays en développement en vue d’améliorer leurs technologies de l’information et des communications.
Je me suis vite retrouvée dans les Îles Salomon, un pays constitué de 1 000 îles tropicales au centre du Pacifique Sud. La majorité de sa population mélanésienne vit dans des maisons rudimentaires construites principalement de feuillage, dans des villages tribaux, sans électricité ni eau courante. Leur mode de vie est axé sur la subsistance – l’alimentation provient principalement de fruits trouvés aux environs et de noix de coco, de jardins potagers entretenus quotidiennement par les femmes et de poissons pêchés en mer par les hommes.
Permettre aux femmes d’avoir voix au chapitre
J’ai été affectée en tant que coopérante-volontaire auprès de Voix Blong Mere (« La Voix des femmes »), une organisation féminine qui travaille avec ardeur pour permettre aux femmes de participer au développement national.
En tant que Canadienne, j’ai été surprise d’apprendre que l’on paie toujours la dot pour acquérir une épouse, que les femmes ont besoin de la permission de leur époux pour faire un tas de choses, et qu’actuellement aucune femme ne siège au parlement. J’étais reconnaissante de travailler auprès d’une organisation locale dont la mission consiste à aider les femmes à prendre la parole collectivement. J’ai rapidement appris que malgré le fait que leurs voix sont rarement entendues, les femmes sont à n’en pas douter les piliers de leur pays et sont aussi solides que les clous qui soutiennent un bâtiment.
Mon rôle en tant que coopérante-volontaire consistait à enseigner la technologie de l’information (TI) dans le cadre de séances de formation quotidiennes sur ordinateur offertes aux femmes de mon organisation et aux ONG partenaires. Certaines de ces personnes n’avaient jamais touché à un ordinateur auparavant et j’ai pris grand plaisir à constater l’excitation et la fierté qu’elles ressentaient à accomplir des tâches aussi fondamentales que de dactylographier leur nom.
Ces tâches ont été plus valorisantes pour elles que je l’avais prévu, et mes doutes concernant le fait d’enseigner la TI dans un pays qui ne possédait même pas une source d’eau ou d’électricité fiable se sont presque évanouis complètement. Les besoins sont nombreux et je les aidais à combler au moins l’un d’entre eux. En fait, chaque femme qui possède des connaissances en informatique a plus de chance de décrocher un emploi (ou d’obtenir une promotion) et peut donc améliorer le sort de sa famille.

En plus de la formation en informatique, j’ai aussi participé au bulletin d’information, au site Web et à l’émission radiophonique de Vois Blong Mere; toutes ces activités ont pour but « de rassembler les femmes des Îles Salomon » (leur devise). J’ai dirigé une classe d’alphabétisation et rédigé plusieurs articles pour leur journal national qui présente des modèles de comportement positif de femmes de la communauté. En plus, j’ai eu l’honneur d’aider à mettre au monde un nouveau-né en parfaite santé, alors que je donnais un coup de main dans un petit hôpital.
Susciter le respect outre-frontières
J’ai rapidement constaté que je ne faisais pas que communiquer ma formation technique à ces femmes, mais que je comprenais de plus en plus en quoi consiste l’approche de CUSO-VSO. Nous ne les aidons pas; nous tentons plutôt, ensemble, de construire un monde viable basé sur le respect mutuel. Bien que nous soyons privilégiés par rapport à ces femmes au plan du revenu, de l’éducation et des biens matériels, ce type d’expérience peut nous aider à mieux comprendre qui nous sommes, et non ce que nous sommes.
Bien sûr, ma famille, mon foyer, le chocolat, l’électricité et l’eau courante m’ont manqué, mais je ne renoncerais pas pour tout l’or du monde au temps que j’ai passé là-bas. Je serai éternellement reconnaissante à CUSO-VSO et à Marian White qui m’ont permis de vivre cette expérience exceptionnelle! Je me trouve tellement chanceuse d’avoir vu et vécu un mode de vie dont je n’aurais pas pu rêver une fois revenue au pays, et de la confiance, si minime soit-elle, que j’ai apportée aux gens des Îles Salomon.
Je suis revenue au Canada remplie d’amour et d’appréciation, et avec le désir de consacrer ma carrière à la poursuite de la justice sociale. À cette fin, j’ai poursuivi mes études et je travaille actuellement comme travailleuse sociale. Cette expérience m’a prouvé, hors de tout doute, que nous pensons seulement que les choses n’arrivent jamais comme on l’a prévu – mais elles arrivent toujours!
- Ashleigh est revenue de son affectation dans les Îles Salomon en 2006.

